La Roche-Cotard
Fouille du Paléolithique
Extrait du tome XXIII du journal L'ILLUSTRATION du 21 Septembre 1929
PRÉHISTOIRE AU MUSÉUM DE CHICAGO
Le directeur du muséum de Chicago, M. Stephen C. Simms, vient de prendre, dans le domaine de la préhistoire, une intéressante initiative - celle de reconstituer la
fameuse grotte du Moustier (Dordogne), avec un groupe de personnages représentant une famille de la race de Nean¬derthal, généralement considérée comme la plus ancienne race d'hommes dont on ait
retrouvé des traces.
C'est à la suite de la récente expédition archéologique en Europe du capitaine marshall Field — expédition placée sous la direction de
M. Henry Field, professeur au muséum de Chicago — qu'a été décidée cette reconstitution préhistorique. Elle a été réalisée d'ailleurs en grande partie d'après les
avis des professeurs Arthur Koith, du Collège royal de chirurgie de Londres et G. Elliott-Smith, de l'Université de Londres ainsi que de M. Marcel Boule, professeur au muséum à Paris, et de M.
l'abbé Breuil, dont le nom en matière de Préhistoire, fait autorité. Somme toute, même si elle ne correspondrait pas à une réalité absolue, elle a pour elle tout ce qui compte dans ce domaine,
depuis quelques années si fertiles en polémiques, des études préhistoriques et réalise, pour le moins, une sorte de triplice scientifique fort imposante...
Un sculpteur, attaché à l'expédition, M. Fre¬derick Blaschke, de New York, a imaginé et sculpté le groupe qui anime la grotte célèbre. Au delà de celle-ci, sur le
mur de la salle, un peintre du muséum de Chicago, M. C. A. Corwin, a figuré le rude et primitif paysage des hauts rochers surplombant la rivière de la Vézère aux alentours immédiats du
Moustier.
Cinq personnes composent la famille pré¬historique du Moustier, devenue celle de Chicago : le père, âgé d'environ cinquante-cinq ans, pré¬cisent nos amis d'Amérique
; une femme, d'une trentaine d'années, tenant un bébé dans les bras ; un adolescent de douze ans, et un vieillard. Par la variété de leurs occupations, leurs poses un peu appliquées, ils
rappellent ces ensembles symbolisant la soirée d'une famille bourgeoise qui figuraient en tête de certains périodiques en vogue entre 1840 et 1880...

La grotte du Moustier et ses habitants préhistoriques, reconstitués par M.F. Blaschke, au muséum de Chicago vers 1929.
Le père revient de la chasse ; il tient encore d'une main l'arme de pierre primitive avec laquelle il a tué le renne couché à ses pieds. Le jeune garçon, faisant
preuve d'un robuste appétit, achève de ronger un os, et le vieillard, accroupi devant le feu, dégraisse une peau d'animal qui deviendra, sayon ou couverture.
Certes, il serait dangereux, surtout après les incidents de Glozel, d'affirmer que nous avons là l'impeccable reconstitution d'une histoire que d'aucuns voudraient
faire remonter à cinquante mille ans... Du moins les figures animées par M. Frederick Blaschke ont-elles été établies d'après des mensurations, voire des moulages de crânes et squelettes de la
race de Neanderthal conservés actuellement en Europe.
Au vrai, nos ancêtres ne sont point flattés : des masques prognathes, des bras simiesques, une tête engoncée dans les épaules — bref, une humanité mal dégagée, en
ce début du quaternaire, de la terre « encore molle du déluge ».
Il arrive que des « parents dénaturés » refusent de reconnaître leurs enfants. Renversant les termes de la situation, miss Europe et miss Amérique, si jamais elles
vont au muséum de Chicago, refuseront-elles de reconnaître en la femme aux cheveux broussailleux et au faciès bestial de la famille préhistorique, leur lointaine aïeule?
Cela fait exactement un siècle que François d'Achon, à la chasse dans sa propriété, s'approche du côteau où son chien a disparu. Il découvre un passage, s'y glisse et pénètre dans une cavité dans laquelle il ne peut même pas se tenir debout. Dans les semaines qui vont suivre, il fouille la cavité et y découvre des vestiges lithiques et de nombreux ossements d'animaux. Les recherches ne reprendront sur le site que 60 ans plus tard puis, encore trente années plus tard en 2008.
Les fouilles des années 70 ont permis la découverte de la Roche-Cotard II qui est une petite station moustérienne, juste devant la grotte d'Achon, au pied de la falaise qui domine un lambeau de plage de Loire miraculeusement préservé de l'érosion par le fleuve. C'est là que se trouvait cet objet que j'ai appelé longtemps un objet énigmatique et que Michel Lorblanchet a appelé le "masque" de La Roche-Cotard. Les fouilles des années 70 ont également permis la découverte de La Roche-Cotard III (voir la photo de la découverte),
abri très bas habité par les hommes puis par les hyènes, comme d'ailleurs la grotte d'Achon.
Les fouilles commencées en 2008 ont permis la découverte de la Roche-Cotard IV. C'est une sorte de grotte abri qui se trouve dans le prolongement de La Roche-Cotard III. Mais, à la différence de la Roche-Cotard III qui a surtout été habité par les hyènes, La Roche-Cotard IV n'a pas livré ces ossements de grands mammifères rongés d'une manière très caractéristique mais seulement des objets indiquant des activités humaines : des silex taillés, des os brûlés et des os portant des traces de découpe (traces laissées à la surface de l'os par le tranchant d'un silex qui a servi à récupérer la viande.
Les fouilles de l'été dernier ont donné lieu à un rapport qui a été remis au Service Régional de l'Archéologie à la fin de l'année.
Une nouvelle autorisation de fouille a été demandée pour 2012.
Extrait de:
HEUREUSE PREHISTOIRE Dessins de P. Laurent. Editions Fanlac Périgueux.
Deuxième édition totalement revue et augmentée des nouvelles découvertes faites depuis la première édition qui date de 1999.
Préface de Y. Coppens (préface de la 1ère édition)
Edition: Presses universitaires François Rabelais Mai 2011
Format 21X28
381 pages
494 illustrations
35 Euros
En vente aux Presses Universitaires François Rabelais
BP 4103
37041 Tours cedex 1
et chez l'auteur
16, Place Richemont
37550 Saint-Avertin
Tel 02 47 28 92 62
jcmarquet@wanadoo.fr
et
WIE DAS DENKEN ERWACHTE.
DIE EVOLUTION DES MENSCHLICHEN GEISTES
qui peut se traduire par
Comment est née la pensée? L'évolution de l'esprit humain.
Un ouvrage en allemand de Andreas Jahn, biologiste à Aachen.
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